La montée en puissance de l’intelligence artificielle et de la robotisation suscite de vives interrogations sur l’avenir du travail, notamment chez les jeunes. Faut-il craindre que ces technologies éliminent massivement les emplois salariés, ou au contraire qu’elles transforment et créent de nouveaux métiers ? Les études abondent sur le sujet : McKinsey anticipait par exemple qu’entre 400 et 800 millions d’emplois mondiaux pourraient être supprimés d’ici 2030 sous l’effet de l’automatisation, tandis qu’un rapport du Forum économique mondial (WEF) prévoit en même temps 170 millions de postes créés d’ici 2030 (pour 92 millions perdus), soit un solde net positif d’environ +78 millions d’emplois. Cet avenir est donc loin d’être tranché, mais les signaux convergent vers d’importantes transformations du travail salarié. Les Français craignent particulièrement le chômage élevé chez les jeunes : pour eux, la question « quelle place restera-t-il pour l’humain si l’IA remplace le calcul et la robotisation les tâches physiques ? » est centrale aujourd’hui.
Deux visions opposées du futur du travail

Dans le débat, deux scénarios se confrontent souvent.
- Rupture du modèle salarial (fin progressive du travail rémunéré) : si les machines peuvent effectuer les mêmes tâches à un coût inférieur (et sans « coûts sociaux » : salaires, congés, grèves, etc.), le recours au travail humain pourrait drastiquement diminuer. Les partisans de ce scénario soulignent que l’IA et les robots fonctionnent 24h/24, s’améliorent sans cesse et n’ont pas besoin de rémunération ou de formation. Pour eux, cela rend le modèle classique du travail salarié progressivement obsolète. Toutefois, cette vision n’est pas unanimement perçue comme catastrophique : certains y voient aussi une « libération » du travail contraignant. Comme le souligne la journaliste Noreena Hertz, le travail, s’il est souvent gratifiant, peut aussi être vécu comme « une contrainte ou une aliénation ». Dans ce cas, l’avènement des machines permettrait de réduire le besoin de travailler pour vivre, à condition de repenser la redistribution des richesses ainsi générées.
- Destruction créatrice : la thèse dominante en économie est que chaque révolution technologique remplace certains emplois mais en crée de nouveaux et différents. Le rapport Future of Jobs du WEF par exemple anticipe la création de 170 millions de nouveaux emplois d’ici 2030 (dans la tech, la data science, le soin, l’éducation…) compensant les 92 millions d’emplois perdus. De fait, jusqu’ici l’humain a toujours conservé un avantage : l’intelligence générale, la créativité, l’adaptabilité. Le scénario optimiste suppose que l’IA n’éclipsèra pas entièrement ces atouts et que les sociétés sauront transformer la main-d’œuvre : les machines se chargeront des tâches routinières, tandis que les humains se tourneront vers de nouvelles fonctions (programmation d’IA, maintenance des systèmes, activités sociales et créatives). Dans ce modèle, le travail rémunéré n’est pas supprimé, mais plutôt remanié profondément.
Ces deux visions débouchent toutefois sur des enjeux communs : même si l’emploi salarié persiste sous d’autres formes, les revenus et les conditions de travail changeront. D’un côté comme de l’autre, les principaux questions sont celles de la répartition de la richesse et de l’organisation sociale du temps libéré.
Concentration des richesses et fiscalité de l’IA\

L’adoption massive de l’IA et de robots industriels (ici des bras robotiques dans une usine) pose la question de la propriété du capital qui crée de la valeur. En pratique, l’automatisation accélère la concentration des richesses chez ceux qui détiennent déjà le capital technologique. Des économistes comme Jeffrey Sachs estiment que les gains de productivité liés à la robotisation profitent presque exclusivement aux actionnaires : les salariés, eux, subissent une baisse relative de leur part de revenu et ne bénéficient pas directement de cette croissance. Une étude du FMI (2018) va dans le même sens : elle présente la taxation des robots comme un outil pour redistribuer les revenus et corriger les inégalités générées par le progrès technique.
Pour éviter une concentration extrême, plusieurs voix préconisent d’adapter le système fiscal. Par exemple, Bill Gates suggérait en 2017 d’imposer les robots au même titre que les salariés qu’ils remplacent. En pratique, l’idée est de redistribuer la manne créée par les machines : taxer l’IA (ou même « les tokens d’IA », selon certaines propositions récentes) pour financer la protection sociale et la formation, plutôt que de laisser ces gains filer vers une élite technologique. Aux États-Unis, un élu de New York propose même un « dividende IA » : des versements directs aux citoyens financés par une taxe sur l’usage de l’IA (via une taxe sur les « tokens » générés par les algorithmes) et par des participations publiques dans les entreprises d’IA. L’idée est que la « richesse générée par l’IA », bâtie sur les données et le travail de tous, soit partagée plus équitablement. Elon Musk a lui-même évoqué un futur où la majeure partie du travail serait assuré par des robots et où l’État verserait un « revenu universel élevé » à chacun. Sam Altman (OpenAI) a, de son côté, proposé un fonds (une « American AI Dividend ») visant à taxer à la fois les entreprises d’IA et l’utilisation de l’IA pour verser un dividende à chaque citoyen américain.
Ces pistes sont ambitieuses mais suscitent aussi des critiques : taxer directement les machines pourrait freiner l’investissement, détériorer la compétitivité et finalement peser sur l’emploi et les salaires. De plus, comme le note le Sénat français, aucun grand pays n’a encore appliqué une « taxe robot » généralisée. En pratique, définir ce qu’est un « robot » taxable (logiciel, bases de données, bornes automatiques, véhicules autonomes ?) se révèle complexe. Mais la question fiscale reste sur la table : selon le FMI (2024), il serait sans doute plus efficace d’adapter les impôts existants (par ex. taxer davantage le capital et alléger les charges sur le travail) que de créer des taxes spéciales sur l’IA, lesquelles risqueraient de freiner l’innovation.
Innover socialement : revenu universel et reconversion
Même dans le scénario où l’emploi salarié disparaît partiellement, l’enjeu est politique et social : comment faire en sorte que chacun puisse vivre dignement si le travail rémunéré se raréfie ? Plusieurs solutions sont débattues : instaurer un revenu universel élevé pour tous, mieux financer la formation, encourager le bénévolat et les nouveaux services… Par exemple, certains chercheurs et responsables politiques plaident pour un revenu de base massif financé par les robots. Dans la vision de Mady Delvaux (rapport européen 2017), taxer les robots permettrait de financer un tel revenu universel, laissant aux individus le loisir de s’investir dans des activités non marchandes. Techniquement, des premières expérimentations de revenu universel (Finlande, Canada, etc.) montrent que les bénéficiaires restent généralement actifs et cherchent à donner du sens à leur temps (formation, bénévolat, projets créatifs…) plutôt que de s’enfermer dans l’oisiveté totale. Cependant, les opposants soulignent que de telles mesures seraient extrêmement coûteuses : un vaste programme de revenu universel peut atteindre des milliers de milliards de dollars par an, soit une part très significative du budget public.
Sur le plan des idées, le débat reste ouvert. Les promoteurs de la « libération du travail » (Musk, Altman, etc.) font miroiter une « ère d’abondance » où chacun recevrait des allocations élevées grâce à la productivité des machines. Mais comme le rappelle Noreena Hertz, il ne s’agit pas de socialiser l’IA : les algorithmes et puces resteront la propriété d’une minorité très riche, qui pourrait choisir de reverser seulement une partie de ces gains sous forme de revenu de base. En somme, la question de la redistribution est cruciale : faut-il financer un revenu universel par l’IA (avec ou sans taxes nouvelles) ? Ou privilégier la création de nouveaux emplois et la formation, quitte à ajuster le partage du travail ?
Le travail comme lien social et moteur de sens
Un autre enjeu dépasse le cadre purement économique : celui du sens et du lien social liés au travail. Pour de nombreuses personnes, occuper un emploi ne sert pas qu’à gagner de l’argent – c’est aussi un repère dans la journée, un statut social, un lieu de rencontres, un projet de vie. La journaliste Noreena Hertz souligne que « le travail donne un sens, une structure et une validation » à notre vie. Or, si l’emploi salarié disparaissait, quelle serait la « nouvelle routine » de chacun ? Il est probable qu’une part importante de la population cherchera à rester active par d’autres moyens. Les études sur le bénévolat et sur les expérimentations de revenu garanti montrent que la plupart des individus préfèrent occuper leur temps à des activités utiles (bénévolat, projets personnels, entrepreneuriat social, art, recherche, etc.) plutôt que de rester passifs. Sans travail salarié, les sociétés pourraient se réorganiser autour de formes accrues de contribution non rémunérée : enseignement, innovation citoyenne, services gratuits, loisirs créatifs ou communautaires. Dans tous les cas, la « révolution de l’oisiveté » n’est pas programmée d’avance : comme le note Hertz, nous risquons plutôt de devenir « une société de spectateurs passifs, bien nourris, divertis en permanence par des contenus générés par l’IA et pris en charge par des robots humanoïdes, mais privés de la dignité qui découle du fait de prendre soin des autres ».
L’enjeu est donc double : préserver la capacité des individus à trouver du sens et à contribuer, tout en accueillant les gains de productivité. C’est un défi culturel et politique considérable : on devra probablement redéfinir ce que « travailler » signifie (est-ce seulement gagner de l’argent ? ou aussi s’engager pour la collectivité, se former en continu, transmettre un savoir ?), et comment valoriser les tâches jusqu’ici peu rémunérées (entretien, éducation informelle, soins familiaux, création artistique…).
Se préparer dès aujourd’hui avec Ysée
Quelle attitude adopter face à ces scénarios ? Les analyses montrent qu’un impératif clair apparaît : se former et s’adapter. D’une part, les jeunes générations sont déjà en première ligne : 53% d’entre eux voient l’IA comme une opportunité créatrice d’emplois (contre 47% qui y voient une menace). Cette génération Z se montre même très attirée par les métiers de l’IA : 70% des 16–25 ans interrogés jugent ces métiers attractifs pour leur avenir, et 52% envisagent d’y travailler un jour. En pratique, nombre d’entre eux choisissent des spécialités en informatique, données, cybersécurité ou maintenance industrielle – des compétences difficiles à automatiser. Cela illustre l’idée que, même si l’IA se développe, les humains continueront de se repositionner sur des tâches plus créatives ou techniques que les machines ne maîtrisent pas encore facilement.
D’autre part, l’écart entre les scénarios extrêmes incite à la prudence politique : il faut anticiper dès maintenant l’évolution du marché du travail. Pour les individus, cela signifie cultiver la polyvalence et l’apprentissage continu. Les connaissances en données, en IA, en technologies numériques et en soft skills (créativité, empathie, esprit critique) deviendront de plus en plus cruciales. Dans ce contexte, la plateforme Ysée se propose d’accompagner chaque personne pour faire évoluer son profil professionnel : identifier les compétences recherchées par les entreprises, choisir des formations adaptées et élaborer un parcours de carrière résilient. En bref, plutôt que de subir l’automatisation, il s’agit de la domestiquer en investissant sur soi-même.
En conclusion, l’avenir du travail n’est pas écrit. Il dépendra à la fois des progrès techniques de l’IA et de nos choix collectifs en matière de fiscalité et de redistribution. L’hypothèse de « la fin du travail rémunéré » reste incertaine : nul ne peut dire si l’IA parviendra vraiment à se substituer complètement à l’intelligence et à l’adaptabilité humaine. Mais dans tous les cas, l’histoire économique montre que les humains ont toujours su réorienter leur activité vers de nouveaux domaines. Pour anticiper, il faut donc réfléchir et agir dès aujourd’hui – ajuster les politiques publiques (taxation, formation, protection sociale) et se préparer individuellement (études, reconversion, développement de compétences). Chez Ysée, nous pensons que cette démarche proactive est essentielle : informez-vous, formez-vous aux nouvelles technologies, et saisissez les opportunités des métiers émergents.
Sources : projections d’emploi et d’automatisation (McKinsey, WEF, commission IA) ; analyses d’inégalités et propositions de fiscalité (rapport du Sénat, FMI, Sachs) ; débats sur la taxation des robots et l’UBI (Mady Delvaux, Bill Gates, tech leaders) ; enquêtes d’opinion sur l’IA (Ifop/Jedha pour les 16–25 ans); réflexions sociétales sur le sens du travail (N. Hertz, Semafor).
L'IA remplace-t-elle les emplois ? Explications https://www.citeco.fr/est-ce-que-lia-intelligence-artificielle-va-nous-mettre-au-chomage Future of Jobs Report 2025: 78 Million New Job Opportunities by 2030 but Urgent Upskilling Needed to Prepare Workforces > Press releases | World Economic Forum https://www.weforum.org/press/2025/01/future-of-jobs-report-2025-78-million-new-job-opportunities-by-2030-but-urgent-upskilling-needed-to-prepare-workforces/ Noreena Hertz, économiste : « Les géants de la tech nous offrent un avenir dans lequel ils conservent les moyens de production et nous recevons des allocations » https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/17/noreena-hertz-economiste-les-geants-de-la-tech-nous-offrent-un-avenir-dans-lequel-ils-conservent-les-moyens-de-production-et-nous-recevons-des-allocations_6662959_3232.html Demain les robots : vers une transformation des emplois de service - Sénat https://www.senat.fr/rap/r19-162/r19-1628.html Debatable: Universal basic income | Semafor https://www.semafor.com/article/04/27/2026/debatable-universal-basic-income Broadening the Gains from Generative AI: The Role of Fiscal Policies; June 2024; SDN/2024/002 https://www.imf.org/-/media/files/publications/sdn/2024/english/sdnea2024002.pdf Les jeunes et l’IA en 2025 - Enquête Ifop pour Jedha AI School https://www.jedha.co/formation-ia/enquete-les-jeunes-face-a-l-intelligence-artificielle
💬 Questions fréquentes
L’IA va-t-elle supprimer tous les emplois ?▾
C'est incertain. La plupart des économistes anticipent surtout une transformation du travail plutôt qu’une disparition totale. Certains métiers pourraient disparaître, d’autres vont évoluer et de nouveaux vont émerger.
Les robots peuvent-ils vraiment remplacer les humains ?▾
À court terme, ils excellent déjà dans certaines tâches physiques répétitives. Mais les tâches complexes, adaptatives ou relationnelles restent difficiles à automatiser totalement. Le niveau réel de substitution dépendra des progrès futurs de la robotique et de l’IA.
Est-ce que le travail va devenir inutile ?▾
Le travail pourrait devenir moins central économiquement, mais il reste important socialement : structure, lien social, sentiment d’utilité. Même en cas d’automatisation forte, les humains cherchent généralement des activités et des formes de contribution.
Comment financer une société avec moins de travail ?▾
Plusieurs pistes existent : taxation des profits liés à l’automatisation, taxation des infrastructures d’IA, ou encore modèles de redistribution comme le revenu universel financé par la productivité accrue.
Le revenu universel est-il réaliste ?▾
Il est déjà testé dans certains pays à petite échelle. Sa généralisation dépendrait surtout du niveau de richesse créé par l’automatisation et de choix politiques sur la redistribution.
Sommes-nous proches d’un monde sans travail ?▾
Rien ne permet de l’affirmer. Le scénario dépend de l’évolution réelle des capacités de l’IA et des robots, ainsi que des choix économiques et politiques des prochaines décennies.
Ysée — Orientation professionnelle
Prêt·e à trouver votre voie ?
Découvrez les métiers qui vous correspondent grâce à notre IA ou échangez avec un conseiller.

Commentaires
Soyez le premier à commenter cet article.
Laisser un commentaire